Solidarité (18 septembre 2015)

Aujourd’hui, le Monde vit une crise humanitaire d’une très grande gravité. Selon les Nations Unies, il y a actuellement 60 millions de déplacés et réfugiés dans le Monde.

Des milliers de réfugiés, hommes, femmes et enfants sont jetés sur les routes de l’exode et de l’exil, fuyant les guerres, les violences et les exactions en tous genres. Ils cherchent et espèrent la sécurité en Europe, ce havre de paix.

L’intervention en Irak de 2003, l’intervention en Lybie et l’éclatement de la guerre en Syrie en 2011et leurs terribles conséquences sur les différentes minorités, l’oppression dans des pays à régime totalitaire sont autant de facteurs aggravant la situation des populations concernées qui ont pris le chemin de l’exil.

Depuis mars 2011, des millions de syriens ont quitté leur pays pour se réfugier dans les pays limitrophes : Liban, Jordanie, Irak, Turquie. Peu d’entre eux étaient réfugiés en Europe. La création de Daech et ses exactions monstrueuses au Moyen Orient ont poussé des milliers de personnes à se protéger en quittant leur pays vers l’Europe.

De plus, la résolution des conflits fait préférentiellement appel au langage des armes. Les entreprises d’armement prospèrent alors que le nombre de victimes civiles s’alourdit chaque jour sur le terrain et pousse les survivants à chercher la sécurité pour eux-mêmes et leurs familles.

Depuis la dernière guerre mondiale, certains pays européens se trouvent confrontés pour la première fois à un afflux de réfugiés, d’autres avaient coutume d’ignorer ces réfugiés en quête de sécurité, d’autres encore comme la Grèce et l’Italie les accueillaient avec humanité. N’oublions pas qu’aujourd’hui encore, les profondeurs de notre Mare Nostrum sont l’étape ultime pour certains d’entre eux. Et gardons aussi en mémoire l’article 13 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme qui stipule que « toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un Etat. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays »

Au-delà de l’émotion, il est urgent d’agir, d’exprimer notre solidarité avec ces êtres humains qui souffrent, qui arrivent sur notre sol après des milliers de kilomètres durant lesquels ils ont connu l’angoisse, la peur, parfois des exactions, mais aussi certainement l’espoir.

En France, des initiatives citoyennes et associatives ont vu le jour ici ou là mais elles ne suffisent pas. Elles doivent être soutenues par une action politique concrète, urgente et humaniste. En France, traditionnellement terre d’asile, la classe politique est partagée et il faut dénoncer l’attitude de certains édiles de notre République, certains allant jusqu’à dire aux réfugiés « vous n’êtes pas les bienvenus ». Cessons de faire croire que ces réfugiés ne seront que des charges supplémentaires pour les pays d’accueil. L’Allemagne l’a bien compris : ces réfugiés sont pour beaucoup des diplômés qui vont contribuer à booster l’économie allemande.

Il faut que l’Europe mette en place urgemment une politique d’accueil des populations réfugiées dont le flux ne va pas se tarir. Nous savons que cela a un coût mais nous sommes aussi tous conscients que les nombreux conflits qui se déroulent à travers le Monde génèreront toujours des déplacements de populations. Il est utopique de croire qu’il existe aujourd’hui un moyen d’empêcher ces derniers dans le contexte géopolitique actuel et peut-être demain en raison du changement climatique. Les conséquences du changement climatique n’épargneront personne : il y a actuellement 12000 déplacés en Californie en raison des incendies provoqués par la sécheresse qui y sévit depuis quatre ans.

La volonté humaine de s’en sortir est plus forte que tout. Les murs et les barbelés n’endigueront rien.

Les dirigeants européens doivent être à la hauteur de l’enjeu. Or, nous observons une Europe divisée. Certains pays notamment de l’Europe centrale pourtant signataires de la convention de Genève de 1951 et du protocole de New York de 1967, relative au statut des réfugiés développent des thèses protectionnistes voire hostiles à ces derniers. Ils refusent d’accueillir des réfugiés, même lorsqu’ils ne sont qu’en transit, oubliant que bon nombre de citoyens de leurs pays ont connu par le passé une situation analogue, notamment durant la seconde guerre mondiale qui a entrainé le déplacement de plus de 40 millions de personnes.

Cette inhumanité affichée rend difficile la concrétisation d’une politique européenne migratoire commune et omet aussi le fait que derrière la politique des quotas, il y a des hommes, des femmes et des enfants, des déracinés dans la souffrance, qui n’aspirent qu’à une chose : vivre dans la sécurité et la dignité.

Les réfugiés ont cruellement besoin de notre aide et de notre soutien.

Il est urgent d’agir ! Il est de notre devoir d’agir ! Promouvons la solidarité sous toutes ses formes! Ne laissons pas se mettre en place un Monde où l’individualisme et le rejet de l’Autre seront triomphants. Apprenons la culture de la paix qui est la clé de la construction d’un Monde plus juste, plus humain et du vivre ensemble.

Les dirigeants de l’Union Européenne sont devant une responsabilité historique qui, nous l’espérons fortement, sera humainement assumée.

Nous voudrions tant que chacun puisse dire comme Khalil Djibran « La Terre est ma patrie et l'Humanité ma famille ».

Rennes, le 18 septembre 2015

Ghania Boucekkine

 

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