Une Femme, un blog et le courage de raconter !

 « Je suis principalement une blogueuse qui parle de la liberté d’expression, des droits humains (notamment pour les femmes et les étudiantes), des problèmes sociaux et de la sensibilisation au don d’organe. J’aime la photographie, lire, écrire, regarder  films. Je suis aussi un athlète mais dans un équipe spéciale : L’Equipe Tunisienne d’Organes Transplantés » Lina Ben Mhenni.

Lina Ben Mhenni est une blogueuse et journaliste tunisienne, indépendante. Elue parmi les 100 femmes les plus influentes du monde Arabe par le magazine « Arabian Business », elle est souvent vue comme « la voix de la révolte tunisienne ». Elle est l'une des premières à prendre part à la révolution tunisienne, avec le but de la raconter au reste du monde. Elle rapporte ce qui s'y passe, en postant des photos et vidéos des opérations de police, des blessés et des morts, les listes des victimes, visite des hôpitaux et interviewe des familles victimes de la répression policière. Elle a parcouru tous les lieux emblématiques de la révolution tunisienne, toujours en filmant avec sa camera et en risquant sa propre vie. Son blog, A Tunisian Girl, déjà bastion de la défense de la liberté d’expression avant la révolution et, pourtant, censuré sous le régime de Ben Ali, est devenu le point central de l'opposition pendant la révolte. Toutefois, elle a payé le prix de son engagement : son appartement a été cambriolé, son matériel informatique volé. Depuis le départ de Ben Ali, elle reçoit incessamment des menaces de mort qui la fatiguent et comblent de tristesse son visage, alors qu’elle avait déjà ses maux physiques à combattre : elle a subi une greffe de rein (donné par sa mère), en 2007, quelques années avant la révolution. C’est ainsi qu’elle a participé aux Jeux mondiaux des transplantés, remportant une médaille d'argent en marche athlétique. Cependant, comme elle a été l’une des actrices les plus actives de la Révolution, elle est aussi aujourd’hui l’une des plus décriées. Ses attitudes à « l’occidentale », ses paroles fortes contre certains socles de l’islam, ne sont pas bien vues d’une bonne partie de la société tunisienne. Notamment les critiques tombèrent en cascade alors qu’elle a été nominée pour le prix Nobel de la paix, par le directeur de l'Institut de Recherche sur la paix (PRIO), Kristian Berg Harpviken. Finalement, elle n’a pas remporté le prix, qui a été remis à une autre femme, yéménite, combattante des droits humains dans son pays. Par contre, son blog, A Tunisian Girl, a reçule prix du meilleur blog 2011, dans le cadre du concours international The BOBs. En effet, le rôle que les réseaux sociaux ont joué dans le « Printemps Arabe » s’est révélé étonnant. Les révolutions engagées en Tunisie ou en Egypte ont été lancées par des jeunes gens éduqués, dont nombreuses femmes, qui ont mobilisé les foules en utilisant simplement Internet et les autres médias sociaux. Toutefois, Lina Ben Mhenni, veut pourtant raison garder sur son rôle, en restant humble et a déclaré : «  S’il n’y avait eu qu’internet, nous n’aurions jamais atteint notre but. Il y a des gens qui ont perdu la vie, des gens qui ont été blessés. Ce sont de biens plus grand sacrifices que ce que nous avons fait en tant qu’activistes sur internet  ». Aujourd’hui, le monde salue la nouvelle Constitution tunisienne (adoptée le 26 Janvier 2014, et désormais entrée en vigueur) comme une loi fondamentale exemplaire qui, dans le monde arabe et musulman, offre le plus de garanties pour les droits des femmes : « L'Etat s'engage à protéger les droits acquis de la femme (…). L’Etat garantit l’égalité des chances entre la femme et l’homme (…) dans tous les domaines. L'Etat œuvre à réaliser la parité entre la femme et l'homme dans les conseils élus. L’Etat prend les mesures nécessaires afin d’éradiquer la violence contre la femme ». Ce résultat est issu du fait qu’en Tunisie le rôle des femmes a toujours été important dans tous les soulèvements qu’a connus le pays. Le 17 décembre 2010, le premier acte de protestation contre le gouverneur de Sidi Bouzid a été déclenché par des femmes rassemblées en signe de solidarité avec la mère de l’immolé Mohamed Bouazizi. Mais les femmes tunisiennes ont, en suite, participé activement à toutes les formes de lutte contre la dictature mafieuse : elles étaient visibles partout, dans les sit-in, les grèves et les manifestations de rues. Pourtant il ne faut pas crier victoire immédiatement et penser que tout est acquis. La nouvelle Constitution est sans doute un pas important pour les tunisiens et les tunisiennes, mais la vigilance sur les nouvelles instances qui viennent de se former, devrait rester haute. Les problèmes qui ont mené à la révolution persistent et les nouvelles institutions sont fragiles. Ce qui est écrit dans la constitution, surtout sur les droits des femmes, devra  maintenant être transposé dans la vie réelle. Encore aujourd’hui, des manifestations populaires ont lieu presque chaque jour, dans les différentes régions de la Tunisie. Lina Ben Mhenni continue son action informatrice. Sa lutte s'inscrit désormais contre le pouvoir en place incarné par le parti islamiste d’Ennahda, dont le projet est selon elle une société axée sur la remise en cause de tous les acquis de la femme (sous-entendant qu’elle est responsable de tous les problèmes socio-économiques et culturels de la Tunisie).

« C’est incroyable que nous ayons pu chasser Ben Ali mais maintenant nous devons aussi chasser tous ceux qu’il a laissé derrière lui. Ils ne peuvent pas arrêter la révolution. Nous allons nous battre pour elle et nous ferons tout pour la protéger. »

La jeune blogueuse avait été invité l’année dernière à Rennes par le CRIDEV pour participer à plusieurs débats. Malheureusement, elle a pour l’instant dû renoncer à son déplacement pour des raisons de santé.

Vendredi 14 février 2014, Fabrizio Fiore

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