Journée Internationale des femmes 2015


"LA PLACE DES FEMMES DANS LES SOCIÉTÉS ASIATIQUES, AUJOURD'HUI"
Table ronde du Vendredi 20 mars 2015 à l'Auditorium de la Maison Internationale de Rennes

 

À l'occasion de la Journée Internationale des Droits des Femmes, la Maison Internationale de Rennes a eu le privilège d'accueillir en ses murs vendredi 20 mars 2015 de 18h à 20h les témoignages de huit femmes originaires du continent asiatique afin qu'elles s'expriment sur le destin des milliards de femmes qui vivent actuellement au Cambodge, en Chine, au Japon, en Corée du Sud, en Afghanistan, en Inde ainsi qu'au Kazakhstan, témoignages passionnants et inspirés de leurs expériences personnelles.

Étaient également représentées les associations rennaises et bretonnes dont elles sont membres actives et qui furent les partenaires de la Maison Internationale de Rennes afin que cette soirée d'échanges se concrétise : l'Association de Yoga et de Culture Indienne (AYCI), Malalay Afghanistan, Solidarité Bretagne Cambodge, l'Association de jumelage Rennes-Jinan, le Comité de jumelage Rennes-Sendaï, l'Association Korea Breizh et l'association de jumelage Rennes Almaty pour le Kazakhstan.

Un voyage émouvant, surprenant et généreux qui, en l'espace de deux heures, nous a permis de mieux connaître la vie de ces femmes émancipées et attentives aux traditions qui leurs furent transmises, dont les multiples combats ainsi que les nombreuses victoires font aujourd'hui écho à la condition des femmes d'ici et d'ailleurs, valorisant des droits fondamentaux et la création de tribunes publiques  plus que jamais nécessaires afin que ceux-ci soient toujours, et sans condition aucune, respectés.

 

La Maison Internationale de Rennes ainsi que les organisatrices de la Table-Ronde : Ghania Boucekkine (Présidente de la MIR), Lætitia Boursier (administratrice de la MIR et Vice-Présidente des Amitiés Kurdes de Bretagne) et Alexandra Gaudshalk (administratrice de la MIR et secrétaire du Bureau) tiennent à remercier chaleureusement les huit participantes pour leur générosité ainsi que leur disponibilité. Merci à Mesdames : Calaisselvy Codandam, Nasrine Nabiyar, Kim vouch Hou, Laurence Bertholet et Lyu Dongmei, Masami Sugawara, Keumlan Hamayon et Jeanne Havard. Nous remercions également le public présent vendredi soir pour son écoute attentive et ses questions bienveillantes.

La Table-Ronde s’est clôturée par la déclamation du poème « La douleur », par Madame Calaisselvy Codandam. Nous la remercions de nous avoir fait découvrir un magnifique extrait du recueil intitulé « Femmes, poèmes d’amour et de combat » de Talisma Nasreen, poétesse et femme de lettres du Bangladesh.

Rendez-vous lors d'une prochaine Table-Ronde à la Maison Internationale de Rennes afin que l'échange se développe davantage et que la parole des femmes soit toujours et davantage entendue!

 

 cf. Articles à lire :

 http://www.lemonde.fr/idees/article/2008/01/11/je-ne-suis-plus-qu-une-voix-desincarnee-par-taslima-nasreen_998336_3232.html
 http://www.arte.tv/fr/taslima-nasreen-portrait-d-une-battante/7713980,CmC=7713982.html

 

Retrouvez l'intégralité du programme de la Journée internationale des femmes qui s'est déroulée du 3 au 28 mars 2015 à Rennes.

Une armée de femmes pour la liberté d’un peuple sans Etat !

« Nous voulons avoir les mêmes droits que les Turcs, pouvoir parler notre langue, ne plus être discriminés dans notre travail ou dans notre vie quotidienne »

Le Kurdistan est une région qui s’étend sur quatre pays (la Turquie, l’Irak, la Syrie et l’Iran), sur une superficie presque équivalente à la France, un territoire « maudit » qui n’a jamais existé en tant qu’Etat-Nation. En Iran et en Irak, le Kurdistan est officiellement le nom d’une région et bénéficie même, dans le cas irakien, d’un statut autonome. A l’inverse, la relation entre la Turquie et sa principale minorité (majoritaire dans le Sud-est du pays) est beaucoup plus conflictuelle, tant que pour la Turquie, elle n’existe même pas. La reconnaissance des kurdes comme ethnie, dotée d’une propre langue et histoire, est donc inégale suivant le pays qu’ils habitent. Un peuple divisé, une existence non reconnu, un sentiment d’abandon, des conditions sociales et économiques dégradantes, telle est la situation. Ce qui ne dérive n’est qu’un conflit pérenne, dans lequel le seul gagnant est la mort : plus de 45.000 morts en 28 ans. La guerre ou pour mieux dire, la guérilla est commencé en 1978 quand un homme de nom Abdullah Öcalan, fonda un mouvement pour l’indépendance kurde : le Parti des travailleurs du Kurdistan, le PKK. Ce mouvement armé, implanté dans les quatre pays, est actif encore aujourd’hui, surtout en Turquie, où il mène un combat ouvert depuis 1984. Le PKK est considéré comme une organisation terroriste par les Etats-Unis et l’Union européenne. Très actif surtout dans les années 1990, il a perdu en intensité après l’arrestation d’Abdullah Öcalan en 1999, emprisonné à vie sur une petite île de la mer de Marmara, mais qui reste toujours l’interlocuteur incontournable des autorités turques dans les négociations pour une paix durable.

Dans cette situation catastrophique, les femmes ne sont pas restées spectatrices. En 1995 le PKK crée, par la volonté de son leader incontesté, le Mouvement des femmes libres du Kurdistan, une armée intégralement féminine, des groupes de combat au comité central : « La paix des Kurdes passe par les femmes », écrivait Abdullah Öcalan.  La nouvelle « armée de femmes » attire de nombreuses jeunes filles qui rejoignent les montagnes et participent à la lutte armée contre le gouvernement turc. Alors qu’elles n’étaient que quelques dizaines, surtout des intellectuelles, au début des années 1980, elles viennent aujourd’hui de tous les milieux et seraient près de 2.000 sur un total de 5 à 6.000 combattants. La création d’un corps armée formé seulement de femmes se révèle une véritable révolution dans la révolution : « Jusqu’à présent, les femmes étaient traitées comme des esclaves. Le Mouvement est une révolution dans la révolution. Sur un plan politique, il raccroche la guérilla à l’ensemble des femmes kurdes » explique une activiste turque qui milite dans une association des droits de l’homme d’Istanbul. La plupart de ces combattantes ne réclament plus l’indépendance du Kurdistan, mais seulement une certaine autonomie : « Nous voulons avoir les mêmes droits que les Turcs, pouvoir parler notre langue, ne plus être discriminés dans notre travail ou dans notre vie quotidienne ». Mais si ces femmes prennent la voie de la montagne est aussi pour échapper à un ennemi, également effrayant, au sein de la même société kurde : l’homme. Un de leurs combats les plus difficiles est la lutte contre les mariages forcés, une vraie plaie issue d’un système archaïque, basée sur la domination de l’homme, imposée le plus souvent au sein de la famille. Cependant, fortes de ces trente années de luttes armées et de combats politiques, les femmes kurdes sont devenues, avec la création de leurs propres associations, de plus en plus actives dans la vie quotidienne, en arrivant à accéder, en parité avec les hommes, aux postes de direction dans l’organisation de la société civile et politique. Les femmes kurdes, ont créé des "assemblées populaires" pour les femmes, des "maisons des femmes", plusieurs centres éducatifs et scientifiques et fondé une académie pour les femmes dont le but est de populariser l’idéologie de la "libération de la femme". Elles assurent la coprésidence des "autorités populaires", tandis que leurs associations jouent un rôle actif dans la résolution des conflits politiques, éducatifs, familiaux, économiques et ceux avec les forces de l’ordre. Aujourd’hui, à la Grande Assemblée de Turquie (parlement turc) un parti politique pro-kurde se bat pour la reconnaissance des droits du peuple kurde et pour une plus grande considération des femmes dans la société. Néanmoins, si d’un côté beaucoup a été obtenu par ces femmes guerrières, la condition de la femme dans cette région du monde reste encore dramatique. Les mariages forcés perdurent, ainsi que d’autres pressions sociales qui restent dures à extirper : « Elles sont aujourd’hui confrontées à une situation qui se dégrade. Certaines se suicident, d’autres ont décidé de participer à la lutte armée ». On se demande quand cette incessante bataille des femmes pourra enfin se conclure, de toute évidence ce sont elles qui détiennent les clés pour la résolution de bon nombre de conflits dans le monde et de beaucoup de transformations en cours et a venir !

Vendredi 14 février 2014, Fabrizio Fiore

 

Site Association « Amitiés Kurdes de Bretagne » : http://www.amitieskurdesdebretagne.eu/spip.php?article772

 

2015

Table-ronde sur les destins entrecroisés de sept femmes originaires d'Inde, du Cambodge, d'Afghanistan, de Corée du Sud, de Chine et du Japon, actives depuis de nombreuses années sur le territoire français qui nous proposeront un regard pertinent sur la place des femmes dans chacune de ces sociétés. Un voyage passionnant au cœur des cultures asiatiques !

Une Femme, un blog et le courage de raconter !

 « Je suis principalement une blogueuse qui parle de la liberté d’expression, des droits humains (notamment pour les femmes et les étudiantes), des problèmes sociaux et de la sensibilisation au don d’organe. J’aime la photographie, lire, écrire, regarder  films. Je suis aussi un athlète mais dans un équipe spéciale : L’Equipe Tunisienne d’Organes Transplantés » Lina Ben Mhenni.

Lina Ben Mhenni est une blogueuse et journaliste tunisienne, indépendante. Elue parmi les 100 femmes les plus influentes du monde Arabe par le magazine « Arabian Business », elle est souvent vue comme « la voix de la révolte tunisienne ». Elle est l'une des premières à prendre part à la révolution tunisienne, avec le but de la raconter au reste du monde. Elle rapporte ce qui s'y passe, en postant des photos et vidéos des opérations de police, des blessés et des morts, les listes des victimes, visite des hôpitaux et interviewe des familles victimes de la répression policière. Elle a parcouru tous les lieux emblématiques de la révolution tunisienne, toujours en filmant avec sa camera et en risquant sa propre vie. Son blog, A Tunisian Girl, déjà bastion de la défense de la liberté d’expression avant la révolution et, pourtant, censuré sous le régime de Ben Ali, est devenu le point central de l'opposition pendant la révolte. Toutefois, elle a payé le prix de son engagement : son appartement a été cambriolé, son matériel informatique volé. Depuis le départ de Ben Ali, elle reçoit incessamment des menaces de mort qui la fatiguent et comblent de tristesse son visage, alors qu’elle avait déjà ses maux physiques à combattre : elle a subi une greffe de rein (donné par sa mère), en 2007, quelques années avant la révolution. C’est ainsi qu’elle a participé aux Jeux mondiaux des transplantés, remportant une médaille d'argent en marche athlétique. Cependant, comme elle a été l’une des actrices les plus actives de la Révolution, elle est aussi aujourd’hui l’une des plus décriées. Ses attitudes à « l’occidentale », ses paroles fortes contre certains socles de l’islam, ne sont pas bien vues d’une bonne partie de la société tunisienne. Notamment les critiques tombèrent en cascade alors qu’elle a été nominée pour le prix Nobel de la paix, par le directeur de l'Institut de Recherche sur la paix (PRIO), Kristian Berg Harpviken. Finalement, elle n’a pas remporté le prix, qui a été remis à une autre femme, yéménite, combattante des droits humains dans son pays. Par contre, son blog, A Tunisian Girl, a reçule prix du meilleur blog 2011, dans le cadre du concours international The BOBs. En effet, le rôle que les réseaux sociaux ont joué dans le « Printemps Arabe » s’est révélé étonnant. Les révolutions engagées en Tunisie ou en Egypte ont été lancées par des jeunes gens éduqués, dont nombreuses femmes, qui ont mobilisé les foules en utilisant simplement Internet et les autres médias sociaux. Toutefois, Lina Ben Mhenni, veut pourtant raison garder sur son rôle, en restant humble et a déclaré : «  S’il n’y avait eu qu’internet, nous n’aurions jamais atteint notre but. Il y a des gens qui ont perdu la vie, des gens qui ont été blessés. Ce sont de biens plus grand sacrifices que ce que nous avons fait en tant qu’activistes sur internet  ». Aujourd’hui, le monde salue la nouvelle Constitution tunisienne (adoptée le 26 Janvier 2014, et désormais entrée en vigueur) comme une loi fondamentale exemplaire qui, dans le monde arabe et musulman, offre le plus de garanties pour les droits des femmes : « L'Etat s'engage à protéger les droits acquis de la femme (…). L’Etat garantit l’égalité des chances entre la femme et l’homme (…) dans tous les domaines. L'Etat œuvre à réaliser la parité entre la femme et l'homme dans les conseils élus. L’Etat prend les mesures nécessaires afin d’éradiquer la violence contre la femme ». Ce résultat est issu du fait qu’en Tunisie le rôle des femmes a toujours été important dans tous les soulèvements qu’a connus le pays. Le 17 décembre 2010, le premier acte de protestation contre le gouverneur de Sidi Bouzid a été déclenché par des femmes rassemblées en signe de solidarité avec la mère de l’immolé Mohamed Bouazizi. Mais les femmes tunisiennes ont, en suite, participé activement à toutes les formes de lutte contre la dictature mafieuse : elles étaient visibles partout, dans les sit-in, les grèves et les manifestations de rues. Pourtant il ne faut pas crier victoire immédiatement et penser que tout est acquis. La nouvelle Constitution est sans doute un pas important pour les tunisiens et les tunisiennes, mais la vigilance sur les nouvelles instances qui viennent de se former, devrait rester haute. Les problèmes qui ont mené à la révolution persistent et les nouvelles institutions sont fragiles. Ce qui est écrit dans la constitution, surtout sur les droits des femmes, devra  maintenant être transposé dans la vie réelle. Encore aujourd’hui, des manifestations populaires ont lieu presque chaque jour, dans les différentes régions de la Tunisie. Lina Ben Mhenni continue son action informatrice. Sa lutte s'inscrit désormais contre le pouvoir en place incarné par le parti islamiste d’Ennahda, dont le projet est selon elle une société axée sur la remise en cause de tous les acquis de la femme (sous-entendant qu’elle est responsable de tous les problèmes socio-économiques et culturels de la Tunisie).

« C’est incroyable que nous ayons pu chasser Ben Ali mais maintenant nous devons aussi chasser tous ceux qu’il a laissé derrière lui. Ils ne peuvent pas arrêter la révolution. Nous allons nous battre pour elle et nous ferons tout pour la protéger. »

La jeune blogueuse avait été invité l’année dernière à Rennes par le CRIDEV pour participer à plusieurs débats. Malheureusement, elle a pour l’instant dû renoncer à son déplacement pour des raisons de santé.

Vendredi 14 février 2014, Fabrizio Fiore

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